LES GUEULES ENFARINÉES

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Nous sommes les miséreux, les rouges, les bougnoules, les trop blancs, les jaunes, les negres, les déshérités, les quartiers sensibles, les sauvageons, « les humiliés de la vie ». Chaque jour nos rangs grossissent. Nos bataillons sont gigantesques.

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« oh, vous savez je ne fais que mon travail » dit elle en nous écrasant la gueule dans le caniveau de sa botte cloutée. Elle a une matraque et une casquette. Elle n’en voulait pas mais elle a peur de nous rejoindre. Elle s’est soumise contrainte et forcée. Elle souffre tout comme nous et nous désarme par sa ressemblance.

Au dessus d’elle, de matraque en taser, de casquette en képi, il y’a le cravaté. Il s’affiche grand sourire sur nos murs, sur nos écrans, sur nos journaux que nous n’achetons plus. Il prône le malheur, l’austérité, les vertus de la pauvreté généralisée tout en se servant allègrement dans la caisse publique. Il a un château dans la sarthe et un compte en banque avec des tas de zéros. Il fait des courses de voitures et des conférences au katar mais ne connait pas le prix d’une baguette.

Je suis une poussière de la cinquième puissance mondiale et aujourd’hui mon frigo est vide …


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UN DIEU MILLES MAITRES (dédicace aux arrivistes de tous étages)

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OOO

On aurait qu’à dire que j’étais archi-célèbre. Vous viendriez me
courtiser. Vous ramperiez me léchant les ongles des pieds et vous
mouillerez dans votre petite culotte pour un simple regard de ma part.
Vous vous battriez entre vous pour avoir l’honneur d’être assis à ma
droite. Ça m’amuserait beaucoup et j’y prendrai un plaisir non
dissimulé. Je sur-jouerai l’humilité et vous remercierai de m’aduler. Je
le mérite tant. Tous mes mots deviendraient exquis. Je ne serai plus
jamais un imbécile. Je serais Celui qui est en haut.

 

En attendant
ce terminus flagorneur, je me demande combien de queues vérolées il va
falloir encore que j’embouche goulument pour sortir la tête de cet océan
de morts anonymes.

OOO

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LE VOYEUR

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Déjà tout petit je vous regardais sans participer à vos jeux. Vous ne vouliez pas de moi et je ne voulais pas de vous. Je vous observais essayant de comprendre vos agissements. Un drôle de monde où je cherchais une place.
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Aujourd’hui je perce vos âmes et vous vous livrez à moi sans même le savoir. Vos journaux intimes s’étalent au grand jour sur la toile. Vous n’avez aucune idée à quel point vous vous racontez. Vos humeurs, vos idées politiques, votre classe sociale, vos amis, vos sorties ou votre vie sexuelle. Je vous sélectionne et vous chasse. Vous ne me voyez pas, je suis un fantôme qui rode en silence. Et quand j’ai fini avec vous, quand j’ai percé vos secrets, je vous laisse et change de proie. Je veux tout savoir et je sais tout.
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Je me nourris de vos histoires réelles et imaginées. Mon appétit est énorme et mon royaume est sans limite. Je pénètre tous les mondes qui me sont interdits. Rien ne sert de me mentir, j’ai appris à lire au delà de votre inconscient et de vos actes manqués.
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Voleur invisible et indolore, je suis le silence bienveillant sur vos nuits folies…
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ZONE DE TURBULENCES

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Je fume ma cigarette en regardant ce monde qui s’effondre.
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Plus un seul repère dans cette société malade. Les hommes d’affaires ont acheté notre liberté de penser. Ils ne veulent pas lâcher leur pouvoir. Seul les chiffres sur des écrans hi-tech ont de l’importance. Un nouveau fascisme s’installe de plus en plus rapidement pour maintenir un système déjà mort depuis longtemps. Plus personne ne dirige rien et les marionnettes impuissantes des gouvernements ne font plus illusion.

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Mes contemporains semblent devenir fous. Ils ne rêvent plus, ils pleurent des larmes de misère. Ici des caméras dans les rues, des restrictions en tous genres, des lois de surveillance de nos vies, de la faim et là bas on vend des armes pour mieux piller les richesses … Les boucs émissaires sont toujours les mêmes, ces salauds de pauvres qui profitent de notre système, ces salauds d’étrangers qui fuient la guerre pour venir mourir sur nos plages et maintenant ces salauds d’artistes et leurs subversives idées de liberté. C’est l’heure du chacun pour soit. « Consommez les produits de la patrie! » qu’ils disent. Je les vois tous recroquevillés en manque d’oxygène redoutant l’étouffement. Un air de déjà vu si évident… Mais je n’ai pas peur. J’attends l’explosion finale.

Je suis prêt.

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