CATHARSIS CLIMATIQUE

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Les éclairs ont déchiré le ciel en plein cœur de la nuit. Leur lumière dans la chambre à coucher donnait des airs de stroboscope. Rythme effréné. Vacarme. Petitesse de la condition d’humain. Les larmes du ciel coulaient à grosses gouttes, lourdes, violentes et sans aucune concession: un spectacle fascinant et libérateur. C’était la fin normale d’un été caniculaire. C’était la rentrée.

Au petit matin, le jour ne voulait pas se lever. Une lumière encore toute fragile peinait à traverser les ombres. Une espèce de douceur et d’entraide agitait tous les regards de la ville. Chacun vaquant à ses taches semblait libéré. La pluie lavait toutes les abjections de la veille: un nouveau cycle s’ouvrait.

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CONFESSION À DEUX GRAMMES CINQ

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Le soleil brule. Toute vie s’est éteinte. J’attends avec hâte la rentrée de septembre. Je bois tout seul et crache encore une fois des maux grotesques adressés à moi même. Je rêve de grandeur à moi l’auto destruction en bandoulière. Je ne suis que petitesse étriquée. Misérable heure du soir qui commence aux aurores, je me traine dans l’angoisse évitant les miroirs. Il a pas fier allure l’Artiste à l’heure des comptes. « Regardez la votre idole ». Sa grosse bite au sperme crouté au bout du gland , incapable de tout, n’hésitant pas à vous vendre son intimité pour soigner ses maladies mentales. Enfin vendre est un grand mot … Impossible d’aligner trois lignes intéressantes et nouvelles. Ma vie n’est qu’un incessant cycle d’échecs cataclysmiques aux trop rares oasis. Je ne sais que salir la pureté et pourrir le sublime. Le chaos a élu domicile en moi. Si seulement j’avais peur du ridicule. Je ne suis qu’un soumis sans énergie. Aucune volonté pour rien: tout défile devant mes yeux sans que je ne bouge. Regardez moi bien, j’espère que ça vous plait de voir mes tripes et mon trou de balle. Vous venez pour ça, non ? Admirez la beauté fragile du crève la dalle ! Ça vous plait ? Vous vous délectez ? Vous en voulez toujours plus ?

 

Et surtout ne venez pas me prendre de pitié ! Gardez vos cœurs et vos yeux qui pétillent ! Je ne veux pas de votre affection. Je ne vous aime pas, vous n’êtes qu’une bande de crétins stupides suiveurs sans vie. Allez vous faire foutre et dégagez d’ici. Regardez ma haine, ma colère, ma laideur. La débilité n’est pas un sain spectacle.

 

Ah t’en veux du vrai, ah t’en veux du vécu, ah t’en veux du spectacle, ah t’en veux encore …

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(ImanaMeteora m’a fait le bonheur d’interpréter mes mots. Vous pouvez l’écouter ici .)

SAINTE CHARITÉ SYSTÉMIQUE ENTREPRISE

 

Parfois ils viennent en groupe nous voir comme ils iraient au zoo. Ils nous regardent et parfois nous saluent. Ils ont l’air contents.

Le grand sous chef général m’a serré la main. Il m’a dit : « Bonjour, je suis Paul Dupont ». Je lui aurais bien dit mon nom moi aussi, histoire d’exister un peu mais je me suis tue : je ne me présente à aucun mandat. Il avait une cravate et une veste en cuir. Je pense qu’il essayait d’être cool. J’aurai aimé ne pas le toucher mais ça aurait été mal perçu, je ne pouvais pas me le permettre. Il a voulu faire un selfie mais je lui ai dit que je préférais être de dos. La photo circule peut être sur une plaquette publicitaire. Si vous la voyez ne me dites rien, s’il vous plait.

Nous sommes en insertion il parait. C’est écrit partout. Impossible d’oublier ni de nous regarder autrement. Nous sommes les naufragés de la vie, les perdants du capitalisme, les gueux à sauver, les misérables … nous échangeons nos tristesses entre nous pour nous réchauffer en attendant un vrai soleil.

Ici ils prennent soin de nous. Ils sont gentils. Ils nous apprennent à écrire, à tenir nos comptes, à préparer nos passages au tribunal ou à se servir d’un ordinateur. Nous devons préparer notre vie future, celle où nous aurons une vie active, où nous pourrons nous faire avaler par le grand tout sans risque de rejet ou d’indigestion.

En échange nous travaillons. Un presque vrai boulot avec de vrais outils et une vraie pointeuse.

Je suis en insertion il parait. Je suis sage et domestiqué. Je m’insère …

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LE PLAN B (APPARITION DE LA LUMIÈRE)

 

Ta femme est partie et ta fille attend ses 18 ans pour faire de même, toutes les deux fuyant la misère. J’ai explosé ta cellule familiale et toi tu résistes encore ! Tu attends quoi ? Que l’on te coupe l’électricité ? Parce que Je te préviens ça ne va pas tarder. Tu n’en as pas assez de manger du pâté périmé de la banque alimentaire ? Tu n’as donc pas honte de pleurer dés que tu racontes ta vie à une assistante sociale ? La dernière fois que tu en as rencontré une, elle t’a quand même demandé si tu pensais au suicide !  Arrête donc de t’apitoyer sur toi même !

Quoi ? Que dis tu ? Tu es artiste ? Tu vends du rêve ? Mais laisse Moi rire. D’abord artiste, c’est quoi ça ? Un métier ? Avec un statut ? Ça existe ça ? Mouarf ! Quant à tes ventes, J’ai regardé tes chiffres et c’est particulièrement mauvais. C’est clair que tu n’es pas Johnny Halliday ®. Je connais beaucoup d’amateurs qui s’en sortent bien mieux que toi. Tu aurais du apprendre à sourire, ça aide pour le commerce. Pourquoi tu ne souris pas ?! En ce qui concerne le rêve, c’est fini ce temps là. Aujourd’hui c’est pragmatisme et réalisme. Les utopies sont mortes et il ne reste plus que Moi. Il est temps que tu le comprennes. Alors arrête ton baratin et écoute Moi. Qui tu es, ton individu, tu vois, J’en ai rien à foutre. Tu es juste le numéro 02 86 903, un microscopique maillon de Mon Grand Tout. Il est fini le bon temps où Je te jetais les miettes de Mon repas pour que tu survives. Maintenant il va falloir venir les lécher en rampant pour les obtenir. Comme te l’a dit ton contrôleur : « Ce n’est pas au système à s’adapter à toi, c’est à toi à t’adapter au système. » Vendre du rêve ! Ah ! ah ! Tu t’es pris pour CocaCola ©!? Tu es un drôle, tu sais ?

Oui, c’est ça. Viens. Même à quatre pattes ça ne me gène pas. Tu vas voir, Je vais te trouver un gentil boulot ou une petite formation de tourneur fraiseur. Ça va t ‘éviter de penser. Tu pourras enfin te reposer. Il est temps que tu participes à Mon Monde. Je suis là pour t’aider, n’en doute pas. Tu vas apprendre à m’aimer. C’est la seule issue qu’il te reste pour redevenir heureux.

Oui …heureux …. comme avant que Je ne vienne frapper à ta porte ….

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24 DÉCEMBRE AU MATIN (AVANT LA LUMIÈRE)

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Recroquevillé, les os fragiles, Hubert-Gaston regarde les blattes ramper sur le mur. Elles ont confectionné un nid fabuleux dans l’angle sud du plafond. Il faut les voir vaquer à leurs activités ! Toute cette vie est magnifique. Et dire qu’on a pu reprocher à Hubert-Gaston de ne pas avoir d’amis alors qu’elles sont là grouillantes de vie par milliers rien que pour lui.

Appartement exigu, volets tirés, porte fermée à double tour, vaisselle moisie, électricité coupée, l’heure est morte depuis une éternité.

Au sol quelques lettres d’horreur d’avant la faim, des commandements de payer, des derniers avis et autres rappels urgents… Depuis quand les toilettes sont elles bouchées ?

Il y’a du bruit à l’extérieur : des voitures polluantes, des enfants qui vont mourir et une multitude de zombies errant dans leur monde sans sens.

Hubert-Gaston se sent bien dans son obscurité. Ses nuits sont sereines. Il a avalé sa noirceur, transformé ses cauchemars en réalité éveillée, digéré la putridité de ses plaies intérieures. Les asticots se dandinent si bien au sein de la moisissure d’une vie d’échecs. La pourriture est nutritive. Jouissance du bouton qui éclate, sentir le pus couler le long de la peau puis manger la croute réparatrice. Entretenir sa plaie et enfin avoir du contrôle sur son existence. Hubert-Gaston sourit de son intelligente différence. Protection crasseuse face à des aveugles certifiés conformes, il est bien, là, dans sa plénitude morbide, loin de tout, démissionnaire, cultivant un jardin de tarentules.

Ca frappe à la porte. il sursaute. Panique. Sueurs. Angoisse. Il ne veut pas sortir. Il fait beau dehors et le soleil est cancérigène. Que vont ils faire de lui ? Laissez le ! Il ne vous aime pas, il ne s’aime pas. Il ne veut pas, il ne veut plus. Non ! Pas encore ! Pitié !

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