Catégorie : DES MOTS

LA CARTE POSTALE

 

 

Bonjour Marc Antoine Boris.

 

Qu’est-ce qui m’a pris de vouloir venir en vacances à Palavas les flots? Comme si le bonheur pour tous pouvait être pour moi !

 

Corps gras et rouges. Anorexie et seins siliconés. Glaces cancérigènes et kebabs au rat. Regards lubriques sur les fesses des adolescentes. Sudoku et mots croisés pour cerveau au repos afin de se donner l’illusion que ce dernier fonctionnait avant. Décors en plastique pour playmobile de la vie, les esclaves modernes réunis docilement au milieu d’une carte postale en toc. Les autochtones affichent le sourire dégueulasse du commerçant intéressé.

 

Je n’en peux plus. Je passe la plupart de mon temps dans ma chambre d’hôtel à regarder les informations. Faits d’hivers d’été: la petite fille enlevée et violée, la famille noyée, les bouchons sur la route et le tour de france des dopés. C’est insupportable.

 

Lorsque tu liras ceci je serais déjà dans le train du retour. Viens me chercher à la gare s’il te plaît.

 

Véronique.

PERDU DANS LE DESERT

 

Les hallucinations sont de plus en plus récurrentes. Ils sont nombreux à me parler mais je ne les entends pas. Il ne faut pas que je fasse attention à eux.

 

Je marche encore et toujours en direction de cet horizon. Qu’est-ce que c’est plat un horizon ! Pis c’est con un horizon! ça bouge même pas ! ça fait le mort ! tout plat que c’est un horizon …

 

La ronde des vautours dans les rayons de feu du ciel me tiennent compagnie … quelle agréable musique que celle de ces charognards … bientôt eux et moi nous fusionnerons et l’équilibre sera rétabli … avancer tout droit … sans se soucier de la fatigue … pas après pas … encore et encore … toujours …

 

Mes habits ne sont plus que haillons. Les ultraviolets du dieu Ra me cuisent sur pattes. Je ne suis plus que chair brûlante à vif … Déjà mort et presque vivant, desséché et fébrile, j’avance tant bien que mal dans ce qui n’est même plus la peau d’un écorché …

 

Soleil , ô soleil, comment les hommes ont ils pu oublier ta puissance … j’ai tellement soif …

 

Il parait que l’on voit toute sa vie défiler au moment de mourir. C’est bizarre, je n’arrive pas à me souvenir du sein de ma mère… ni de mon premier chiche kebab d’ailleurs … fait chaud. J’ai de plus en plus de mal à aligner deux idées correctement. Je perds pied …

 

Ne pas dormir … dormir , c’est mourir … marcher , marcher, marcher … parce que je ne me réveillerai jamais … les nuits sont fraîches …  la grosse étoile est ma destination …  je la rejoindrais bientôt … d’une façon ou d’une autre … je ne veux plus  avoir sommeil …

 

MIROIR LUBRIQUE

 

Voyez ce que je suis devenue, ce que je suis, une image. Une jolie image fabriquée de toute pièce, un puzzle construit pièce par pièce, une belle œuvre de collage, une espèce de monstre qui se voudrait parfait pour échapper à la douleur d’exister. Une vitrine inviolable, pour protéger une relique souillée. Une belle vitre blindée, transparente, regardez-moi mais ne me touchez plus.
Ma chair avariée est grouillante de larves gluantes, n’allez pas tenter de la frôler, laissez cette frontière entre vous et moi, cette surface lisse et froide, sèche de toute émotion. Je ne veux rien recevoir de vous, voleurs, massacreurs. Je ne veux plus me laisser pénétrer, envahir par vous, perverses sirènes.
Mes orifices sont des pièges où je vous verrais bien crever. Ma bouche, à présent est fermée. Ne rien recevoir, éventuellement me vider de cette fange putride. Contentez-vous de regarder, prenez si vous voulez mais ne m’obligez pas à me vautrer avec vous dans ce charnier obscène.
Vous n’aurez de moi que ces maux que je couche. Ces mots à l’odeur dérangeante, qui vous feront, l’espace d’un moment, voyager dans mon monde.
Vous fuirez… insoutenable parfum de mort. Et pour me faire pardonner je vous offrirais une image, celle que j’ai fabriquée, la seule que vous accepterez.

 

 Texte de Motdit, Illustré par Jo99